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Interview du père Cyprien Ahouré PDF Print Email
Written by La rédaction   
Wednesday, 14 September 2011 11:29
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Le père Cyprien AHOURE  de la mission catholique :

«Nous essayons de les rassurer sur le fait que nous allons continuer à leur apporter de l’assistance même quand ils seront retournés chez eux. Il y a aussi le problème de logement, certains n’ont plus de maison, il y a des villages qui ont été décimés, il y a des quartiers qui ont été détruits, il faut reconstruire tout cela. Les humanitaires sont en train de réfléchir à une solution pour ces cas extrêmes. Il faut que les acteurs politiques y pensent aussi !»

Le père Cyprien AHOURE, responsable de la Mission Catholique de Duekoué. Cette mission  a joué un rôle capital dans cette crise à l’Ouest, dans la mesure où c’est le premier et le plus grand endroit où les populations se sont réfugiées dès qu’elles se sont senties en danger de mort. C’est ce réflexe de survie qui a sauvé plus de 30 000 personnes. C’est  ce rôle de pivot d’aide humanitaire que les membres de la mission catholique  ont dû assumer  rapidement avec courage et  abnégation, devant une catastrophe humanitaire aussi brusque que violente que nous avons voulu mettre en exergue. La mission continue d’abriter plus de 10 000 déplacés qui n’ont plus de domiciles. Le coordonnateur aux Affaires humanitaires de l’ONU, M. NDOLAMB NGOKWE a beaucoup insisté pour que nous fassions une interview du Père CYPRIEN en lieu et place de sa propre interview…Récit d’une rencontre avec un homme optimiste avec un cœur grand comme ça !

Qui est le père Cyprien ?

Je suis un Salésien de Don Bosco* (voir rubrique Portrait). Nous sommes une congrégation religieuse représentée dans le monde entier. Nous sommes présents à Duékoué depuis plus de trente ans. En ce qui me concerne, je suis à la mission depuis  près de huit (8) mois. Auparavant,  j’ai travaillé 4 ans au Cameroun puis 4 autres années au Burkina Faso. Nous sommes deux prêtres à la mission : le père Bixente qui est espagnol  et moi et deux sœurs salésiennes qui sont originaires respectivement, du Togo et du Bénin. Notre communauté est internationale et nous avons  appris à vivre ensemble. Nous travaillons en parfaite collaboration, en parfaite cohésion. C’est un travail assez vaste et difficile mais c’est notre mission  et nous sommes aidés en cela par quelques personnes de bonne volonté notamment dans notre travail d’évangélisation. Nous sommes la seule mission catholique présente dans le département de Duékoué. Nous couvrons  environ 90 villages dans tout le département, en plus de la paroisse mère. Nous avons pour mission,  d’abord, l’éducation de la jeunesse. Nous avons un grand  Centre Professionnel d’Apprentissage Rural (CEPAR). Nous y formons les jeunes aux métiers de menuiserie, mécanique générale, à l’électricité, la couture et la pâtisserie avec les sœurs salésiennes. Nous avons aussi pour rôle d’évangéliser la population, c'est-à-dire emmener la population à majorité animiste à la religion catholique.  Nous touchons beaucoup de personnes par nos actions. La population chrétienne est composée majoritairement de Guéré, de personnes venues du Burkina Faso, de Yacouba et de Baoulé… C’est mon premier poste d’affectation en Côte d’Ivoire. Et je  me retrouve  plongé au cœur de cette crise poste électorale  qui n’en finissait plus… mais qui a malgré tout trouver son dénouement  avec la reconnaissance de Monsieur Ouattara comme  Président de la République de Côte d’Ivoire.

Quelle est la mission principale des salésiens et salésiennes ?

Notre mission principale comme le dit notre fondateur Saint Jean Bosco, c’est de « faire de la jeunesse d’honnêtes  citoyens et de bon chrétiens ». La jeunesse qui est très sensible et influençable est bien souvent  livrée à elle-même. Un jeune qui ne reçoit pas d’éducation, constitue un danger pour la société. Il est donc  essentiel de le récupérer, de lui donner une formation intellectuelle et  professionnelle afin qu’il devienne un citoyen honnête dans une société honnête. De plus, en leur apprenant la parole de Dieu, ils acquièrent de solides valeurs qu’ils appliquent dans leur vie professionnelle  et aussi dans leur vie familiale plus tard. C’est ainsi que nous avons développé plusieurs écoles confessionnelles dans la région  pour assurer l’éducation de la jeunesse. Depuis, nos prédécesseurs, les premiers missionnaires qui ont accompli passés ici  un travail remarquable et à travers les écoles de la mission catholique, nous avons formé beaucoup de cadres de la région. Néanmoins, la situation a été si terrible à  Duékoué qu’il semblerait que rien n’a été fait. Cela nous interpelle au plus haut niveau. Parce que nous nous sommes rendu compte que  beaucoup ont joué sur la fibre politique et ethnique pour désorienter une frange de la population et  saboter le travail que nous étions en train de faire. 

Pendant cette crise, combien de personnes avez-vous accueilli au seinde la mission ?

La mission catholique de Duékoué s’étend sur une superficie totale de 33 hectares. La mission catholique est bâtie en elle-même sur trois hectares. Nous avons accueilli près de 15000 personnes du 3 au 08 Janvier. Au plus fort de la crise, après le 29 mars nous avions à peu près 30.000 personnes et à jour, nous hébergeons encore autour de 12 000 personnes.

D’où venaient ces populations qui sont ici et dans  quel état arrivent –elles ?

Ces personnes venaient en grande majorité de la ville de Duékoué, des villages de Duékoué, d’un peu partout dans le département de Duékoué  et  de la ville de Bangolo mais en particulier de l’axe Bagohouo, c'est-à-dire la route qui va de Duékoué en direction de Kouibly. Les gens fuyaient jusqu’à la mission catholique. Ils sont arrivés, désespérés, en provenance de différents villages. Ici, les populations  réfugiées sont en majorité des guérés, mais il faut dire que c’est toute la population de Duékoué qui a souffert de cette crise. Ce sont  aussi des malinkés,  et des populations originaires de toute la CEDEAO mais  comme ce sont les guérés qui sont arrivés les premiers, ils sont beaucoup plus nombreux, effectivement.  Je tiens à dire que les populations guérés aspirent  à  la paix et  à  la stabilité. Ils veulent aussi aller travailler tranquillement dans leurs champs, vivre dans leurs villages, dans leurs quartiers et bénéficier aussi de la tranquillité. Cette crise a beaucoup bouleversé les relations sociales, les relations inter populations ou interethniques. Cette population ne demande qu’à vivre avec leurs frères qui sont en dehors de la mission catholique. Aujourd’hui, nous essayons de rassurer et d’instaurer le dialogue et la confiance, pour dissuader les uns et les autres d’utiliser la violence. Nous encourageons le dialogue afin de les amener à rétablir le dialogue, ceci pour que tous  comprennent  qu’il est possible de vivre avec  les autres même si à un moment donné, certains ont pu se sentir  brimés par les autres. Il y a encore des brebis galeuses qui pensent que les gens ne peuvent pas vivre ensemble, mais nous leur faisons comprendre qu’ils peuvent retrouver leurs frères et vivre ensemble.

Combien de personnes ont quitté la mission et sont retournées chez elle depuis le début de normalisation de la vie ? Et quelles sont les raisons pour lesquelles, elles sont encore là ?

En plus des 800 personnes qui sont relocalisées sur le nouveau site de Nahibly, ceux qui sont retournés dans leurs villages, campement et des quartiers de Duékoué peuvent s’estimer à 11 000 personnes. Il reste encore environ 10 000 pensionnaires sur notre site. De nombreux déplacés sont déjà retournés chez eux,  Il y a donc une réelle intention. Actuellement, des villages commencent à se repeupler. Quand les déplacés  apprennent que l’action humanitaire se fait sur place, ils s’en vont. Il est  vrai que peu de personnes prennent l’initiative de partir, mais ils seront de plus en plus nombreux à partir petit à petit. Il suffit de les rassurer, de leur faire comprendre qu’aujourd’hui, on est en train de reconstruire autant le département de Duekoué que  toute la Côte d’Ivoire sinistrée. C’est un travail de longue haleine, il y a beaucoup de projets en vue. On les rassure et je pense que rien n’est impossible. Maintenant, ils évoquent un problème de sécurité principalement, ils ont besoin de sécurité. Il y a eu plusieurs campagnes de  sensibilisations en vue de rassurer ces populations  et de les convaincre de rentrer chez elles. Mais, il y a aussi un facteur très important : le ‘’paramètre nourriture’’.  Nombreux sont ceux qui sont ici depuis le mois de décembre 2010. Ils ne sont pas allés au champ depuis tout ce temps, ils n’ont pas pu cultiver. C’est la période des récoltes. Celui qui ne sème pas, ne récolte pas !  Ils ont peur d’être affamés. Nous avons donné à manger à ces déplacés depuis qu’ils sont à la mission catholique. Il leur est difficile  de partir sans avoir la garantie qu’en dehors de la mission, ils pourront  bénéficier d’une assistance. Le mois de juillet  (NDLR : mois des récoltes) est arrivé et  il n’y a pas à manger. C’est d’ailleurs ce qui fait que beaucoup d’humanitaires et certaines entreprises focalisent leurs actions sur les villages… Ils seront assistés dans les villages, on leur donnera des vivres et des semences pour  aller au champ et semer...  Nous essayons de les rassurer sur le fait que nous allons continuer à leur apporter de l’assistance même quand ils seront retournés chez eux. Il y a aussi le problème de logement, certains n’ont plus de maison, il y a des villages qui ont été décimés, il y a des quartiers qui ont été détruits, il faut reconstruire tout cela. Les humanitaires sont en train de réfléchir à une solution pour ces cas extrêmes. Il faut que les acteurs politiques y pensent aussi !  Ils ont besoin d’aide pour reconstruire leurs maisons En ce qui concerne la sécurité, les forces républicaines sont en train de prendre de plus en le contrôle de la ville, les forces impartiales sont aussi en train de sécuriser la ville. Nous sommes confiants. Dans les jours à venir, tout va rentrer dans l’ordre au fur et à mesure.
 

Qu’est ce qui a été le plus difficile à gérer durant cette période ?

 

 Pendant les combats, nous avons vécu des moments particulièrement pénibles. Je me demandais, mais où allons-nous ? La Côte d’Ivoire est notre pays à nous tous ! J’ai eu peur. Peur parce que nous avions beaucoup de femmes et d’enfants, en fait les populations vulnérables... Des innocents qui n’ont rien à voir avec tout ce qui se passe. J’ai eu très peur, on a beaucoup prié, j’avoue que cette période a été très difficile pour moi. J’ai souhaité et j’aspire encore plus  à la paix maintenant. Nous avons lancé des appels pour que les gens arrêtent les combats. La promiscuité a aussi été une réelle difficulté  ainsi que la détresse morale, les enfants, des femmes qui accouchaient.… Il y avait trop de  morts, des gens qui n’avaient pas mangé depuis des jours. Il y avait des problèmes d’hygiène, les gens déféquaient partout dans la cour de la mission. Il y avait des problèmes de latrine et tout cela était préoccupant. On était inquiets, on regardait et on se demandait comment allons-nous nous en sortir ? Qu’allons-nous faire ? C’était dur, mais Dieu merci, tout cela relève du passé. Mais, je tiens à dire qu’en qui me concerne, c’est la première fois qu’en tant que prêtre, je me vois confronter à une telle catastrophe humanitaire. Nous avons  donc dû faire face très rapidement…  Quand, les gens arrivent en grand nombre, brusquement, il faut réagir vite et avec les moyens du bord…C’est ce que nous avons fait. Puis, en voyant les « professionnels »  de l’humanitaire  sur le terrain,  j’ai acquis de l’expérience.

Comment vous êtes vous organisés pour trouver de la nourriture et  aménager de la place pour tout ce monde ?

Depuis quelques années, notre pays traverse des crises, nous accueillons régulièrement  les populations qui viennent trouver refuge dans les missions catholiques, mais cette fois, c’était pire ! Vous voyez des gens en détresse qui arrivent vers vous par milliers alors que vous êtes vous-même désemparés ! Les gens arrivent en masse dans la cour de l’église, on se demande comment faire pour les nourrir ? En ce moment la seule chose que nous avions de sûr, c’est l’eau parce que nous avons un château  d’eau sur place. Nous avions suffisamment d’eau à boire et pour faire la cuisine et se laver mais en ce qui concerne la nourriture, c’était une autre affaire ! Certains les déplacés avaient emporté un peu de nourriture en fuyant. De notre côté ce que nous avions un peu riz et quelques boîtes de conserve et des condiments…etc. Nous leur avons donné ce que nous avions. C’était difficile pour nous de voir des gens qui sortaient de la brousse, des femmes, des enfants qui vous regardaient sans rien à manger. La situation devenait de plus en plus compliquée  et nous avons  lancé des appels à l’aide. Les gens nous ont entendu et sont venus à notre secours. Nous nous réjouissons de ce que l’urgence humanitaire s’est mise en place très tôt. Les humanitaires sont venus, des particuliers sont venus et il y a eu une très bonne réponse dès le départ. Grâce aux humanitaires et aux personnes de bonnes volonté, nous avons pu faire quelques chose. Nous avons mis sur pied un programme de distribution de nourriture et Dieu merci tout s’est bien passé.
 

Qui étaient ces humanitaires ?

Ce sont les Agences du système des Nations Unies, le PAM, l’Unicef, le HCR, UNFPA, OIM notamment,  des ONG’s internationales locales comme Médecins Sans Frontières ( MSF), la CROIX ROUGE, OXFAM, ainsi que des organisations nationales , il faut reconnaitre qu’il y a eu une très bonne réponse humanitaire.

 

Quel est  l’événement qui vous a le plus frappé durant cette crise ?

 

L’événement qui m’a le plus frappé durant cette crise, c’est le jour où un enfant qui était dans la cours de la mission catholique a reçu une balle perdue à la tête. Il n’a pas reçu de  véritable soin parce que nous n’avions que de l’alcool  pour mettre sur la plaie et du paracétamol pour calmer la douleur. Il a agonisé ainsi pendant 2 jours et a fini par succomber à sa blessure. Je me suis dis que ce n’est pas normal. J’ai été très triste parce que  nous avons tous vu les Ivoiriens aller voter… et j’étais fier pour mon pays. J’ai pensé que notre pays irait de l’avant. Mais, ce que j’ai vécu, la violence qui a suivi après ces élections…et surtout la mort de l’enfant, cela a été une épreuve très dure !

Comment décririez-vous la situation actuelle ?

 

Aujourd’hui, nous sommes sortis de la guerre, nous sommes sortis de la situation d’urgence en matière de nutrition, de vivres et de non vivres. Il est bon maintenant de se pencher sur des projets immédiats. C'est-à-dire la réinsertion . Il s’agit de prendre en compte tous ceux qui sont affectés par ce conflit de part et d’autre. Il est aussi question de travailler pour la reconstitution et la consolidation de la cohésion sociale. Il est urgent de monter des projets pour les couches vulnérables surtout les personnes à risque que sont les jeunes. Le plus tôt sera le mieux parce que plus ont tarde, plus les vieux démons risquent de se réveiller et provoquer une autre escalade de la violence. Nous aidons ces personnes à regagner leurs maisons et leurs villages. Nous sensibilisons les uns et les autres sur la nécessité de vivre ensemble dans la paix. Que chacun puisse aller au champ pour trouver de quoi manger. Nous espérons que la grande majorité de ces populations pourra retourner chez elles. C’est donc un travail global que nous sommes en train de faire. A la mission catholique, nous disons que le plus tôt est le mieux pour donner aussi à l’église la chance de pouvoir vaquer à ses occupations. Nos locaux sont occupés. Nous avons nos fideles qui ont besoin de nous. Et, il faut que le père Cyprien porte enfin sa soutane pour de mettre au service de ses fideles. C’est vrai, ce que nous faisons aujourd’hui est aussi une affaire de Dieu, et nous menons ces actions d’ailleurs avec joie, mais le mieux est que nous nous consacrions le plus à notre mission première qui est de servir notre seigneur.

 

Avez-vous des nouvelles des déplacés qui sont rentrés chez eux depuis le début de normalisation et quel est leur état d’esprit ?

 

Oui, nous avons des informations. Certains commencent à se remettre  petit à petit. Certains y vivent tranquillement, ils ne sont pas inquiétés. Ils vaquent sereinement à leurs occupations. Je pense que  la vie normale va reprendre peu à peu. Par contre, des personnes passent  les voir pour semer la zizanie en véhiculant des rumeurs selon lesquels, ils pourraient être attaqués. Nous allons demander à nos amis dozos (Ndlr : chasseurs traditionnels du Nord de la côte d’Ivoire) de calmer un peu ce qu’ils font. Il  faut  sensibiliser tout le monde sur la nécessité de se mettre au travail en toute tranquillité sans déranger son prochain. Aujourd’hui, le gouvernement en place jouit d’une reconnaissance totale du monde entier et de l’ensemble des ivoiriens. Malgré tout ce qui s’est passé, il faut remarquer que les ivoiriens ne sont pas un peuple de bagarreurs. Ce n’est pas un peuple guerrier. Les ivoiriens ont leur particularité. La mission du gouvernement est de réconcilier tous les fils et filles de ce pays. Il faut faire arrêter les exactions, les représailles, éviter de faire la chasse à l’homme, la chasse aux sorcières, il faut que le vainqueur tende la main aux vaincus. Il faut permettre à ces populations de revivre ensemble et c’est possible .Il y a beaucoup d’espoir.  Je pense que la réconciliation est possible... Nous continuons nos campagnes de sensibilisation pour les rassurer sur la sécurité et sur l’aide qui leur sera apporté. Dans certains villages, les populations reviennent, des gens  ont commencé à nettoyer leurs maisons dans des quartiers pour y retourner. Des actions sont en cours pour que ceux qui ont tout perdu puisse aller redonner vie à leur village et recommencer une vie nouvelle.

 

Quels enseignements avez-vous tiré de cette crise sur les hommes et sur la Côte d’Ivoire depuis cette crise ?

 

Nous ne souhaitons plus revivre ce que nous avons vécu. Moi, je suis missionnaire, je suis ivoirien. Avant de venir ici en Côte d’Ivoire dans mon pays, dans la région de Duékoué, j’ai travaillé au Burkina Faso et au Cameroun. J’ai vu des peuples vivre ensemble. J’ai vu la paix. J’ai vu des  gens travailler ensemble en  harmonie. Je n’ai pas connu la méchanceté en  étant à l’étranger.
La Côte d’Ivoire véhiculait l’image d’un pays de paix. Un pays qui a accueilli beaucoup des populations en détresse venus de partout. Ce pays était une référence dans le monde lorsque nous sortions même en tant que prêtres missionnaires ; les gens nous accordaient du crédit. Nous accueillaient bien, ils nous respectaient. Je reviens pour une expérience dans mon pays et voici ce que je vis ! Je ne peux pas comprendre cela. La Côte d’Ivoire, un si beau pays où chacun peut trouver sa place sans gêner l’autre. Chacun peut trouver à manger. Chacun peut avoir un travail. On lutte pour le pouvoir, pour un poste, on déclenche une guerre et on ne tient pas compte des vies humaines et des personnes innocentes. Que cela ne se répète plus jamais ! Nous ne souhaitons rien d’autre que la paix pour la Côte d’Ivoire, c’est l’avenir de tant d’enfants, de tant de générations qui est en train d’être sacrifié. Voyez tous ces enfants depuis les années 2000 jusqu’à ce jour, avec toute ces violences que nous avons vécu, qu’est-ce qu’ils retiennent dans leur cœur ? Pourront-ils vivre aussi avec leurs camarades ? Quand, ils sont en classe, ils n’y a pas de différence entre eux, ils vivent ensemble paisiblement. Pourquoi ne pas regarder les enfants et vivre comme ils le font ? Regardez comment ils vivent sans distinction et sans discrimination. Ils sont pour nous des modèles, des anges. Pourquoi nous les adultes ne sommes pas capables de faire comme eux ? Prions pour que la paix soit définitive !

 

Comment est-ce que les salésiens et salésiennes peuvent-il contribuer à la réconciliation en Côte d’Ivoire ?

 

Notre formation, même de guide religieux, nous prépare à cela d’une certaine manière. Les Salésiens de Don Bosco* ont une reconnaissance mondiale. Au Soudan, nous avons fait nos preuves, tout comme en République Démocratique du Congo (RDC).Nous pouvons dire au monde entier que nous sommes disposés à travailler avec tout le monde pour  ramener la paix. Nous avons des structures de formation pour les jeunes. Le centre de formation professionnel  (CEPAR) occupe quatre hectares, composés de salles d’apprentissage, de salles de machines, d’ateliers, de bureaux et d’infrastructures pour les activités sportives et d’une plantation… Qu’on nous donne les moyens pour travailler dans villages, nous avons la possibilité de toucher une grande masse, surtout par nos fideles qui se recrutent dans toutes les communautés qui vivent dans la région. Il suffit qu’on nous subventionne, avec notre expérience et nos équipements, nous pourrons donner à ces jeunes, une éducation et une formation, nous pouvons contribuer efficacement à la réinsertion des jeunes pour en faire des citoyens modèles pour la société ivoirienne. Nous savons que plus tard, ils peuvent jouer un grand rôle dans la société. Nous sommes disposés à faire ce travail. Il suffit qu’on nous donne l’appui nécessaire. Nous pouvons jouer un grand rôle, parce que nous avons en face de nous la frange de la population la plus vulnérable et la plus facile à manipuler.

 

Pensez-vous que cette guerre fratricide pouvait être évitée ? Et que faudrait-il faire que ce genre de drame n’arrive plus  dans notre pays ?


Effectivement, on aurait pu éviter cette guerre fratricide. Je pense que quand on fait la politique, il faut éviter de la personnaliser. On  s’engage en  politique pour améliorer le bien-être des populations  et de la société. On ne fait pas la politique pour son village, pour soi-même, ou pour faire une fixation sur des personnes, on ne doit pas faire de la politique d’exclusion. Il faut rassembler tout le monde. La Côte d’Ivoire n’appartient à personne.  Ce pays est un don de Dieu. Nous avons tous intérêt à préserver le bien que Dieu nous a confié. Il n’est pas question de détruire. Nous sommes tous de passage sur terre. Il est important de laisser un héritage à ceux qui viennent après nous, à savoir nos enfants et petits enfants. Il nous faut  donc mettre en place une politique de rassemblement et de construction d’une Nation. Nous devons travailler pour une Côte d’Ivoire ouverte à tout le monde. Nous croyons aussi qu’il est possible de trouver des solutions aux problèmes de ces populations. Il y a la question du foncier rural, la réinsertion des jeunes…etc.  La résolution de tous ces problèmes va participer à la réconciliation et à la cohésion sociale. Nous disons aussi à tous ceux qui aiment la Côte d’Ivoire, les humanitaires, d’aider le pays à retrouver son lustre d’avant. C'est-à-dire de faire de la Côte d’Ivoire, le lieu où toutes les populations du monde entier peuvent se retrouver pour fumer le calumet de la paix et surtout vivre ensemble dans l’harmonie. Cette paix, je vous assure qu’elle est possible. Et Dieu nous aidera. Nous y croyons fermement, mais il y a du travail, il y a du chemin à faire et ce chemin sera fait dans la justice et la réconciliation

Je voudrais pour terminer, adresser mes vifs remerciements et mes bénédictions à la revue HUMANITERRE, dire merci à tout son personnel, souhaiter longue vie à cette revue qui j’espère pourra sensibiliser davantage sur l’humanitaire. Je voudrais aussi apporter ma bénédiction à nos gouvernants et toutes les populations du monde qui ont besoin d’aide. Je voudrais également dire merci à toute la communauté humanitaire et spécialement à M. NDOLAMB N’GOKWEY, tous ceux qui aujourd’hui travaillent dans le domaine de l’humanitaire, qui aident à mettre l’homme debout, qui œuvre pour la dignité, la liberté et le bien-être des populations et ajouter que nous sommes tous des créatures de Dieu.

 

Entretien réalisée par Kindo Ousseny à Duékoué

 

 


La rédaction Written on Wednesday, 14 September 2011 11:29 by La rédaction

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Last Updated on Monday, 19 September 2011 01:01
 
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