Madame Koné Lagnon Fidèle, présidente-fondatrice de « Mission d’Amour »
« De les savoir en bonne santé, les entendre m’appeler ‘’Maman’’, qu’ils me donnent de affection, c’est cela ma motivation ! ».
« Mission d’Amour » est une ONG qui s’est assignée pour mission de recueillir les nourrissons dont les mères décèdent en couche. Créée par Madame Koné Lagnon Fidèle, en 2006, c’est à cœur ouvert que la fondatrice et présidente de cette ONG, a expliqué le mardi 19 juillet au siège de sa structure sis à Marcory, les raisons qui l’ont convertie à l’humanitaire et ont fait d’elle la mère de ceux qui n’avaient plus de maman. Cette ONG est aussi notre coup de cœur de ce numéro du magazine HUMANITERRE
C’est lors de son troisième accouchement que le déclic s’est produit. C’était une grossesse difficile et pour délivrer le bébé, il lui fallait subir une césarienne. Ce jour là, en proie aux douleurs de l’enfantement et à l’angoisse terrible de cette opération : « Une de mes voisines de chambre m’a rassurée en me disant que tout irait bien. Cela m’a beaucoup réconfortée. Puis à mon réveil, j’ai appris que cette femme était décédée en couche, laissant derrière elle, une adorable fillette dont les parents ne voulaient pas. J’ai tout de suite eu envie d’adopter cette enfant ». Puis, l’idée lui ai venu que pour cette enfant qu’elle avait prise, il y en avait sans doute beaucoup d’autres encore dans la même situation. Cela a été le début de la création de « Mission d’Amour » ! Une ONG au service des enfants orphelins de mère et dont la famille ne peut ou ne veut pas s’occuper. Mme Koné Lagnon a aussi secouru a plusieurs reprises des bébés qui risquaient la mort en vertu de lois barbares héritées de traditions innommables et qui entrainent parfois la mise à mort de bébés. En outre, « Mission d’Amour » intervient aussi dans la prévention, en sensibilisant les femmes enceintes sur les risques encourus lorsque le suivi médical est négligé durant la grossesse.
Depuis six ans, Mme Koné Lagnon a abandonné son métier de courtier en assurance pour mieux prendre soin de ‘’ses bébés’’. Pour être plus efficace, elle s’est entourée de diverses compétences : pédiatres, assistants sociaux, volontaires du corps médical suivent la santé et le bien-être de ces poupons. Comme, elle le dit avec un grand sourire, elle est disponible 24H/24 pour la cause et le bien-être des tout-petits. Une disponibilité qui lui vaut la confiance des centres de santé, surtout, les Centres hospitaliers universitaires (CHU), des familles, des membres d’ONG… qui n’hésitent pas à la contacter pour recueillir des enfants orphelins de mères abandonnés. Quant à la procédure d’adoption de sa structure : « Nous essayons le plus souvent de recueillir un nouveau-né avec l’accord du père ou d’un parent proche », explique Mme Koné. L’accueil peut être provisoire pour une période qui varie entre deux et cinq ans. « Le certificat de décès de la mère, la pièce d’identité du père, une décharge manuscrite, suffisent pour entamer les procédures administratives », souligne Mme Lagnon . Sur 315 enfants sauvés depuis la création de Mission d’amour, 215 sont encore actuellement sous sa garde. Les autres sont rentrés dans leurs familles respectives. Parfois, les familles qui en expriment le besoin, sont matériellement assistées quand c’est possible. Les enfants en âge d’être scolarisés vont à l’école : certains à la maternelle, les autres à l’école primaire, grâce aux cotisations et dons de personnes de bonne volonté.
Mission d’Amour au quotidien
La journée débute entre 5h et 5h30 et s’achève vers 19h, avec le dîner et la séance cinéma bien souvent avec le dessin animé préféré des petits : « Kirikou ». Enfin, tout le monde fait dodo, chacun à son rythme. « Nous attendons qu’ils dorment tous avant de faire pareil nous-mêmes ». Nous entretenons des rapports d’entraide et de solidarité avec d’autres ONGs et notamment avec "les Sœurs de la Charité", une ONG qui nous envoie parfois des enfants. Par ailleurs, Mission D’Amour partage parfois les dons qu’elle reçoit, lorsqu’elle peut se le permettre, ce fût le cas avec la pouponnière de Bouaké en 2007.
Les enfants face à la guerre…
Mme Koné a évoqué le traumatisme que les bruits des tirs ont provoqué chez ses gamins pendant la dernière crise postélectorale que la Côte d’Ivoire a traversé : « Le drame, c’est qu’aujourd’hui encore, les enfants reproduisent le bruit des tirs d’armes et les mots entendus çà et là, pendant cette période. Il va falloir les rééduquer dans le bon sens ». En dépit des difficultés, Mme Koné Lagnon garde le moral et reste enthousiaste : son bonheur nous dit-elle vient des enfants. « De les savoir en bonne santé, les entendre m’appeler ‘’Maman’’, qu’ils me donnent toute leur affection, c’est cela ma motivation ! ».
L’émotion la gagne pourtant, lorsqu’elle évoque ces bébés rescapés. Le destin d’un orphelin en particulier continue de l’émouvoir. Décédée en couche, la mère de l’enfant était accusée par sa famille de ne pas avoir respecté certains rites. Les grands-parents de l’orphelin, projetaient d’assassiner l’enfant en lui faisant boire une décoction mortelle, afin d’apaiser selon eux, le courroux des génies offensés…Ce nouveau-né orphelin incarnait pour eux le malheur… Alertée par une bonne volonté, Mme Lagnon l’a sauvé de justesse, après une très houleuse dispute avec ses grands-parents. Elle l’a appelé "Christ". « Aujourd’hui, cet enfant est plein de vie. Il a l’esprit vif et attentionné. Il est même le 3e de sa classe de CP1 ».
Malheureusement, la bonne volonté et de la détermination de cette « protectrice des orphelins » ne suffisent pas. Il lui faut aussi plus de ressources financières, pour gérer sa structure et son personnel composé de cinq nounous (30000f/mois, chacune) ; le loyer ; les factures ; etc. ainsi que des vivres et non vivres nécessaires au bien-être des enfants.
Aujourd’hui, même si elle a pu sauver beaucoup d’enfants, la fondatrice de Mission d’Amour estime qu’elle peut en faire davantage. Elle essaie aussi d’implanter « Mission d’amour » dans les localités les plus reculées. Selon elle, les femmes en milieu rural ont tendance à ne pas suivre régulièrement leur grossesse, ce qui augmente la mortalité infantile…C’est dans ces zones aussi, déplore-t-elle « que des pratiques coutumières néfastes sévissent le plus,silencieusement… ». Mme Koné Lagnon a fait beaucoup déjà avec très peu de moyens, et elle a des projets qui vont sauver beaucoup de vies si seulement, on lui donne les moyens non seulement de consolider sa structure d’accueil sur Abidjan mais aussi les moyens d’installer des bureaux là où les parturientes et les bébé orphelins , si vulnérables ont besoin d’aide et d’une nouvelle maman pour veiller sur eux.
Pour vos dons à Mission d’Amour :
Mme Koné Lagnon : 08 41 03 76






